COLOMBIE


COLOMBIE
COLOMBIE

La Colombie, ainsi baptisée en souvenir du découvreur des Amériques, présente l’une des plus étonnantes mosaïques de milieux naturels que l’on puisse trouver dans un ensemble andin pourtant riche en contrastes. Elle est, par son relief, la plus fragmentée des républiques andines: les Andes se divisent en trois branches principales, qui enserrent de grandes vallées comme celles du Magdalena et du Cauca. Pourtant, les montagnes n’occupent même pas le tiers de la surface totale. Ses 1 138 914 kilomètres carrés s’étendent de 120 30’ de latitude nord à 40 de latitude sud où est situé Leticia, port sur l’Amazone. La Colombie est la seule république andine à bénéficier de deux façades maritimes: l’une s’ouvrant, au nord, sur la mer des Caraïbes, l’autre, à l’ouest, battue par le Pacifique.

Fragmentation topographique et morcellement écologique expliquent pour une part la disposition de la population, qui forme comme une série d’archipels, souvent fort éloignés et isolés les uns des autres. Ces archipels, là du moins où la population dépasse 10 habitants au kilomètre carré, n’occupent guère plus du vingtième du territoire national.

République andine, mais aussi «caraïbe» par ses régions du Nord, la Colombie est un pays dont la population est formée d’apports différents: le fond des populations précolombiennes, décimé lors de la Conquête, les Espagnols, arrivés surtout aux XVIe et XVIIIe siècles, les Noirs, venus d’Afrique et des Caraïbes et qui sont nombreux sur les côtes. Comme les autres républiques andines, la Colombie connaît une rapide croissance démographique: quatre millions d’habitants au début du XXe siècle, 33 millions en 1992, la cinquantaine pourrait être atteinte au tournant du XXIe siècle. Et cette population, pour plus des deux tiers urbaine, se rassemble dans des grandes villes: vingt-cinq villes de plus de 100 000 habitants en 1990, quatre de plus d’un million, dont Bogotá, la capitale, qui dépasse les quatre millions. Pays le plus peuplé de l’Amérique andine, la Colombie a un produit national brut par tête supérieur à 1 000 dollars (1 200 dollars en 1990), moyenne qui n’est guère représentative des situations. Dans les villes, les revenus moyens sont trois fois supérieurs à ceux des campagnes, et l’inégale répartition des ressources se lit dans les paysages urbains: les quartiers résidentiels du nord de Bogotá s’opposent aux quartiers pauvres du sud et du sud-est de la capitale. Quelques puissantes industries font que la valeur de la production industrielle est à peu près équivalente, au début des années quatre-vingt-dix, à celle de l’agriculture. À noter également que le trafic de la drogue procure à certains des revenus importants qui se réinvestissent dans la construction et dans l’achat de terres. Mais le café reste encore en tête des exportations officielles.

Un itinéraire typiquement latino-américain, sans rien d’exceptionnel, de la conquête espagnole de la première moitié du XVIe siècle aux combats contemporains d’une guérilla révolutionnaire, en passant par une indépendance gagnée en deux étapes (1810 et 1819), une histoire cependant particulièrement sanglante marquée par deux, sinon trois, guerres civiles, par la dictature militaire et la difficulté de la mise au point d’une stratégie révolutionnaire, telle a été jusqu’à nos jours la destinée d’une nation qui aurait pu être pourtant, avec Bolívar, le noyau d’une Amérique latine unie. Sans doute moins riche culturellement que d’autres pays sud-américains favorisés par leur situation ou leurs ressources naturelles, la Colombie n’en a pas moins été la patrie de grands poètes comme José Eusebio Caro (1817-1853), José Asunción Silva (1865-1896) ou encore le président de la République Julio Arboleda, mort assassiné en 1861, et de romanciers remarquables comme José Eustasio Rivera (1889-1928); chez la plupart de ces artistes, comme chez ceux d’aujourd’hui (Gabriel García Márquez, à qui a été décerné le prix Nobel de littérature en 1982, par exemple), la préoccupation sociale est la principale expression d’un profond humanisme et de la perception tragique de la vie.

1. L’espace et l’homme

Variété des milieux naturels

La Colombie appartient au domaine intertropical. Par suite du cloisonnement du relief, de l’étagement et du rôle de l’exposition, elle possède une grande variété de milieux bioclimatiques. Le Chocó, le long du Pacifique, reçoit en certains points plus de 12 mètres de pluie par an (c’est l’un des records mondiaux de pluviosité), mais La Guajira, dans l’extrême nord, en lisière de la mer Caraïbe, est semi-désertique. Les plaines orientales, qui occupent presque la moitié de la surface nationale, sont couvertes, au nord, de savanes (llanos de l’Orénoque), tandis qu’au sud la Colombie possède une vaste étendue de forêts amazoniennes. Les versants, bien arrosés, sont revêtus de forêts, au moins jusqu’à 3 000 mètres, tandis que les bassins intramontagneux, souvent plus secs, sont favorables aux cultures subtropicales et tempérées. Une haute plaine, comme la savane de Bogotá, à 2 700 mètres, où la température moyenne annuelle est de 13,5 0C, a un climat tempéré frais, favorable à la croissance de l’herbe. Les páramos , entre 3 200 et 4 400 mètres, sont des prairies buissonnantes, piquetées de Mélastomacées (les sietecueros ) et d’Espeletia (les frailejones ), sous un climat froid et humide, brumeux, avec de légères gelées. Les plus hauts sommets, volcans comme le Nevado de Tolima, crêtes de quartzites comme le Nevado de Cocuy (5 439 mètres), ou massifs granitiques isolés comme la sierra de Santa Marta, qui se dresse à 5 780 mètres à une quarantaine de kilomètres du littoral caraïbe, sont couverts de glaciers, restes d’appareils beaucoup plus importants qui existaient lors des phases plus froides et humides du Quaternaire.

Quelle qu’en soit la variété thermique et pluviométrique, tous les climats colombiens sont cependant tropicaux et se caractérisent par l’égalité des températures mensuelles et par l’alternance de saisons humides et de saisons plus sèches. L’étagement bioclimatique permet à des vocations agricoles extrêmement diverses de se manifester.

Il existe cependant une série de limitations naturelles. Dans les régions basses, une pluviosité supérieure à 5 mètres par an, avec des précipitations réparties dans l’année, ne permet guère la vie agricole. En altitude, les cultures ne sont plus possibles au-dessus de 3 500 mètres, là où la température moyenne annuelle est de 8 0C. Cette limite est de 800 mètres inférieure à celle qui est observée dans les Andes péruano-boliviennes plus sèches. L’existence de pentes trop fortes (supérieures à une quarantaine de degrés) est un obstacle à la mise en valeur agricole.

Une bonne moitié du territoire colombien est inutilisable, et seule une fraction en est occupée. Cependant, la surpopulation agricole de certaines provinces andines compromet l’équilibre des sols, tandis que d’immenses espaces attendent encore d’être exploités. Les fortes densités paysannes du Nariño s’opposent au vide de certaines plaines de l’Orénoque. À 70 kilomètres au sud de Bogotá, le páramo de Sumapaz est désert.

Le peuplement

Avant l’arrivée des Espagnols, les principaux groupes indiens se concentraient sur les terres froides et tempérées des cordillères orientales et centrales (Chibchas dans la région de l’actuelle Bogotá), tandis que des tribus caraïbes vivaient dans les plaines du bas Magdalena, des Arawaks dans la Guajira, et que de petites tribus nomadisaient dans les plaines orientales. On estime que la population atteignait le million d’habitants à la veille de la Conquête.

L’occupation espagnole s’accompagna, ici, de la disparition des autochtones décimés par les maladies, là, d’un métissage avec les conquérants, alors que la mise en valeur des terres basses et chaudes en bordure de la mer Caraïbe entraîna l’importation d’esclaves noirs. Cependant, la population resta faible, et l’audiencia de Santa Fe de la Nouvelle-Grenade, à la fin du XVIIe siècle, ne paraît pas avoir retrouvé une population analogue à celle de l’époque précoloniale. Au XIXe siècle, l’État indépendant de la Nouvelle-Grenade qui naquit du démembrement de la Grande-Colombie devint, en 1861, les États-Unis de Colombie et, en 1885, la République de Colombie. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la population devait se situer entre deux et trois millions d’habitants. L’explosion démographique est là, comme dans les autres pays sous-développés, le fait majeur du XXe siècle: la population devrait être multipliée par douze en un siècle: de quatre millions au début du siècle, elle passerait à peu près à cinquante à la fin du XXe siècle.

Le taux de croissance, qui était de 2,2 p. 100 entre 1938 et 1951, passe à 3,2 p. 100 entre 1951 et 1964, pour se situer à 2,1 p. 100 entre 1983 et 1988. Il résulte d’un taux de natalité élevé (2,8 p. 100) et d’un taux de mortalité qui ne cesse de baisser (0,7 p. 100). La population colombienne est extrêmement jeune et comporte 36 p. 100 de moins de quinze ans.

Comme la plupart des républiques andines, la Colombie est un pays métis. La répartition de la population selon les différentes ethnies serait la suivante: Indiens 1 p. 100, Noirs 4 p. 100, Blancs 20 p. 100, métis et mulâtres 75 p. 100. Ces pourcentages n’ont guère de signification scientifique. Des noyaux, encore vigoureux, d’une population indienne paysanne se maintiennent dans les Andes méridionales, et de petits groupes d’Indiens en voie de disparition subsistent dans les forêts d’Amazonie, du Chocó et de la sierra de los Motilones. La population noire et mulâtre est importante le long des côtes caraïbes et dans les vallées chaudes du bas Magdalena. La population blanche, ou plus faiblement métissée, se rencontre surtout dans l’étage frais et tempéré des Andes.

Cette explosion démographique, qui s’est ralentie à partir des années soixante-dix, s’est accompagnée d’une urbanisation accélérée. Les villes, dont beaucoup ont été, comme Bogotá, fondées au XVIe siècle par les Espagnols, connaissent un rythme d’accroissement qui dépasse souvent 5 p. 100 par an. Bogotá a doublé sa population en une douzaine d’années: 2,2 millions d’habitants en 1968, 4,5 millions dans les années quatre-vingt (4,8 millions en 1990). Medellín a atteint 1,6 million, Cali probablement à peu près autant et Baranquilla compte un million d’habitants. Les villes, et surtout les plus importantes, se gonflent d’une population misérable, souvent en quête d’emploi, qui s’entasse dans les bidonvilles, cela malgré les efforts de construction et les progrès de l’industrialisation.

La croissance urbaine est liée à la croissance démographique naturelle et à l’exode rural, dû tant à la surpopulation de certains terroirs andins qu’à l’insécurité qui régnait dans les campagnes entre 1950 et 1960, pendant les années troubles de la violencia . Les villes jouaient alors un rôle de refuge pour les paysans victimes des jacqueries et des répressions.

Une agriculture diversifiée

Malgré la diminution en valeur relative du poids des campagnes, la question agraire et les problèmes agricoles restent importants.

Seule une partie du territoire national est utilisée par l’agriculture et l’élevage: 1,7 p. 100 porte des cultures annuelles, 1,5 p. 100 est en jachère, 1,3 p. 100 porte des cultures permanentes, 14 p. 100 sont réservés aux pâturages. Plus de 40 p. 100 des terres exploitées appartiennent à des propriétés de plus de 500 ha, tandis que, sur les 1 200 000 exploitations agricoles et pastorales que compte le pays, 60 p. 100 ont moins de 5 ha. Les minifundios , autour des villages et des hameaux des Andes, dans les vallées et les bassins où la densité dépasse 100 habitants au kilomètre carré, s’opposent aux grands domaines d’élevage des llanos où la densité humaine est inférieure à 1 habitant au kilomètre carré.

Les systèmes de culture sont très variés et reflètent à la fois la diversité des conditions naturelles et l’héritage socio-économique. On a ainsi des cultures itinérantes sur brûlis pratiquées à l’échelle familiale et pour la subsistance du groupe, des terroirs andins bien aménagés pour une production vivrière à base de maïs, de pommes de terre et d’orge, des prairies artificielles en assolement avec la pomme de terre dans les exploitations modernes de la savane de Bogotá ou de l’Oriente d’Antioquia, mais également des plantations de bananes et de cacao dans les terres chaudes, des rizières dans les vallées inondables, tandis que de grandes étendues de savanes, dans les llanos ou dans le département de Bolívar, sont parcourues par des troupeaux de zébus. La culture du café occupe une place toute particulière. Les plantations s’étagent sur les pentes andines, entre 1 000 et 1 800 mètres, là où la température moyenne annuelle est comprise entre 17,5 et 24 0C, là où les précipitations ne dépassent pas deux mètres, ce qui exclut le versant pacifique des Andes occidentales et le versant oriental des montagnes dominant les plaines de l’Est. Quelque 200 000 exploitations (fincas ) se livrent à cette culture, qui occupe environ un million d’hectares. Mais les conditions de production se sont transformées. Au café sous ombrage succède le café caturra , en buissons denses qui exigent davantage d’engrais et de soins, mais fournit, par surface, des rendements de trois à cinq fois supérieurs à ceux du café sous ombrage. D’où un accroissement de la production, mais aussi des transferts de propriété. Le café caturra demande des capitaux. Aussi des fincas sont rachetées par des propriétaires urbains. Le café, qui représente, selon les années, de la moitié aux deux tiers des exportations officielles, fait l’objet d’un solide encadrement technique et financier. Les gains à l’exportation sont souvent fonction des gelées qui peuvent affecter le Brésil. 8 p. 100 de la force de travail du pays est employée dans les plantations de café.

Outre le café, les drogues jouent un rôle non négligeable: marijuana sur les flancs de la cordillère de Santa Marta et en Guahira, et, surtout, coca en Amazonie. Elles alimentent un important trafic clandestin vers les États-Unis, et une partie des bénéfices sert à l’achat d’immeubles en ville ou de terres caféières.

Grands ensembles géographiques

On peut diviser la Colombie en grands ensembles géographiques, s’appuyant sur des relations de voisinage et sur une certaine unité naturelle; il est également possible de voir comment s’organise l’espace autour des grandes villes et des foyers de développement économique.

La Colombie caraïbe

Une côte, le plus souvent semi-aride, mais où débouchent de grands fleuves comme le Magdalena, des plaines alluviales et de basses collines sablonneuses mieux arrosées, et un arrière-pays souvent fort humide constituent le cadre physique de la Colombie septentrionale, qui est dominée au nord-est par le haut massif de Santa Marta.

C’est une région chaude, où les populations noire et mulâtre sont nombreuses. C’est l’un des secteurs les plus dynamiques du pays. Barranquilla, le premier port colombien, à l’embouchure du Magdalena, est une agglomération de plus d’un million d’habitants qui rayonne sur tout son environnement. Plus à l’ouest, Cartagena conserve un vieux noyau colonial fortifié, mais est également un port de guerre et le centre d’industries pétrolières. Santa Marta est à la fois un centre de tourisme et un gros marché régional. Les industries se développent, en partie grâce aux possibilités énergétiques fournies par le pétrole du Magdalena. Des plantations de bananes ceinturent le piémont de Santa Marta et le golfe d’Uruba; le cacao réussit bien dans les plaines humides, et la vallée du río César est l’un des bons secteurs de développement agricole de Colombie. Les vastes savanes de Bolívar servent de pâtures aux troupeaux de bœufs et de zébus. En 1985, cinq millions de Colombiens ont été recensés dans les départements de la côte caraïbe.

La Colombie du Pacifique

L’autre façade océanique, trop arrosée, est peu peuplée (315 000 habitants au recensement de 1985) et très difficile à mettre en valeur. La côte s’étire sur 1 300 kilomètres; elle offre l’alternance de plaines alluviales marécageuses, de deltas colonisés par la mangrove, de collines souvent couvertes de forêts impénétrables. Quelques rizières, des plantations de bananes et de cacao, l’exploitation du bois des palétuviers et quelques placers aurifères font vivre médiocrement une population éparse le long de la côte. Le port de Buenaventura, qui suinte une humidité chaude, vit essentiellement grâce au trafic avec Cali et la vallée du Cauca.

Les plaines orientales

Les immenses plaines de l’Est occupent près de la moitié du territoire national. Couvertes de savanes au nord (les llanos), elles sont, dans ce secteur, drainées par des rivières rejoignant l’Orénoque. C’est le domaine de l’élevage extensif, tandis que quelques rizières ourlent le lit d’inondation des rivières. La densité humaine reste très faible: 1 habitant au kilomètre carré. Le sud des plaines appartient au domaine amazonien; on y trouve la grande forêt, trouée, surtout à proximité du piémont des Andes, par quelques noyaux de colonisation agricole (à Caquetá notamment), tandis que quelques derricks signalent un début d’exploitation pétrolière.

Ces plaines, bordées à l’ouest par la brusque retombée des Andes, tournent en quelque sorte le dos à la Colombie peuplée. Les obstacles mis à leur développement sont, d’une part, la difficulté des communications avec les bassins des Andes, le sous-peuplement, d’autre part un milieu naturel parfois difficile, avec les inondations de la saison des pluies et des sols souvent pauvres. Cependant l’espace ne manque pas, et ces plaines, celles du piémont au moins, constituent l’un des secteurs pionniers de la Colombie.

Les Andes et les grandes vallées intérieures

Les Andes et les grandes vallées qui les coupent constituent l’ossature du relief du pays. Là se trouvent les plus grandes villes et les principales aires de peuplement.

Les Andes du Sud prolongent celles de l’Équateur et constituent encore un tronc commun. Des bassins, souvent remplis de cendres, mais érodés, alternent avec des massifs volcaniques qui masquent une structure géologique complexe. Des populations paysannes indiennes, très denses, occupent certains terroirs autour de Pasto et de Popayán.

Au nord de Pasto, la Cordillère s’ouvre en un éventail à trois branches, orientées au nord - nord-est.

La Cordillère centrale, entre le Cauca et le Magdalena, a une altitude moyenne de 3 000 mètres. Les volcans constituent les sommets; la plus grande partie du relief consiste en une succession de bassins et de plateaux. Les vallées orientales sont les plus peuplées. Au nord du Ruiz, la cordillère s’abaisse et se divise en plusieurs branches. En Antioquia, la Cordillère centrale se soude à la Cordillère occidentale, plus basse et coupée de nombreux ensellements. Dans une vallée relativement isolée s’est développée Medellín, à 1 200-1 300 mètres d’altitude. Autrefois centre d’expédition de minerais précieux, puis de commercialisation du café, Medellín, grâce à l’initiative de quelques familles locales et à la présence d’une main-d’œuvre abondante, est devenue une grande métropole industrielle de plus d’un million et demi d’âmes. Les industries textiles alternent avec les entreprises chimiques et les industries mécaniques. L’industrie est soutenue par de puissantes banques locales.

Dans la large vallée du Cauca, baignant dans un climat chaud, Cali a d’abord été le marché d’une riche région agricole et une étape sur la route du Pacifique. C’est maintenant une grande agglomération, la troisième du pays, où se sont installées de nombreuses industries, souvent liées à des entreprises et à des capitaux nord-américains.

La Cordillère orientale, qui s’élève d’un seul jet, domine la forêt amazonienne et les plaines des llanos. Elle comprend des crêtes ourlées de cirques glaciaires au-dessus de 4 000 mètres, les plateaux ondulés des páramos, des plaines de remblaiement lacustre comme la savane de Bogotá, et de profondes vallées débouchant dans le piémont oriental ou dans la vallée du Magdalena.

C’est à 2 700 mètres, au pied des chaînons calcaires et en lisière d’une haute plaine humide, que les Espagnols fondèrent Santa Fe de Bogotá en 1542. La ville s’est d’abord allongée à la limite de la plaine et de la montagne avant de se développer sur la «savane». L’agglomération actuelle compte près de 5 millions d’habitants; elle est le siège des pouvoirs publics. La croissance urbaine a permis le développement des industries, facilité par l’existence d’un gros marché de consommation, d’une main-d’œuvre abondante et d’un bon réseau bancaire.

Plus au nord, la présence de minerai de fer et de charbon a entraîné l’installation, à Paz del Río, de la première aciérie colombienne.

Dans les secteurs secs des Andes orientales, dans les bassins à l’abri des vents humides, des villes se développent: Bucaramanga, au contact de régions agricoles aux vocations différentes, Cúcuta, à proximité de la frontière vénézuélienne, dans un ensellement très déprimé de la Cordillère.

La vallée du Magdalena, entre les Cordillères orientale et centrale, introduit une coupure majeure, méridienne, dans le système andin. Elle présente une succession de secteurs secs, relativement favorables à l’agriculture, et de secteurs très arrosés, forestiers et souvent marécageux. Sous la plaine alluviale, des forages ont permis de trouver du pétrole à proximité de Barrancabermeja.

Aménagement de l’espace colombien et organisation régionale

La marqueterie tant topographique que bioclimatique du pays, si elle permet aux relations de complémentarité locales de jouer, est un obstacle pour l’organisation de l’espace à petite échelle. Ainsi s’explique peut-être le développement de capitales régionales vigoureuses, relativement autonomes par rapport à Bogotá. Les transports sont plus difficiles en Colombie que dans les autres républiques andines, du fait de la succession de coupures profondes, d’un relief très tourmenté et souvent couvert de végétation, de l’existence de grands fleuves à traverser. Pendant longtemps, le Magdalena a été une voie de communication méridienne entre Barranquilla et l’intérieur. La mise en place de voies ferrées reliant les ports de la côte aux principales villes a relégué à une place mineure le transport fluvial. Des routes unissent les grandes villes, mais elles sont souvent médiocres et très sinueuses. En revanche, l’aviation a modifié très profondément les relations interurbaines. Plusieurs services réguliers sont assurés chaque jour dans les grandes villes, où les aéroports sont souvent des escales pour vols internationaux. Les petites villes, les centres de colonisation possèdent leur champ d’aviation, et des services d’avion-taxi permettent des liaisons rapides avec les capitales régionales.

Progressivement, l’espace colombien s’organise à partir des grandes villes: Bogotá, Cali, Medellín, Barranquilla. Mais ces aires d’influence sont séparées par de grands vides humains et, tandis que de nouvelles zones s’ouvrent à la colonisation, notamment dans les llanos et l’arrière-pays de la côte caraïbe, d’autres régions, surtout dans les Andes du Sud, restées paysannes et indiennes, se trouvent placées en marge du développement et de la croissance.

2. Histoire de la Colombie

Des Chibchas à Bolívar

Les chroniqueurs de la conquête espagnole en Colombie font uniquement mention des peuplades chibchas , qui occupaient la haute savane où a été fondée Santa Fe de Bogotá. Mais les vestiges d’autres civilisations précolombiennes ont été aussi mis au jour, en particulier dans la région de San Agustín (département de Huila). La civilisation de San Agustín est attestée par des statues et des temples, qui rappellent les temples druidiques. Le musée de l’Or de Bogotá, situé dans les caves de la Banque de la République, a réuni d’étonnantes parures en métal précieux, stylisées par les Indiens de la période encore mal connue ayant précédé la Conquête.

Jiménez de Quesada, parti de Santa Marta, sur la côte caraïbe, en 1536, est le premier représentant de l’autorité royale espagnole en Nouvelle-Grenade. À cette autorité succède pour quelque temps un tribunal dit de real audiencia , puis une «présidence» qui répartit les terres entre les commerçants, les nobles, les militaires et le clergé, et jette les bases d’une société coloniale que ne modifiera pas la création de la vice-royauté en 1719. Mais le développement économique de la colonie suscite entre créoles et Espagnols des antagonismes qui annoncent la révolte dite des comuneros ; c’est le signe précurseur des guerres d’indépendance.

Le 16 mars 1781, une petite armée de terriens et de citadins, pauvrement équipés, quitte Socorro (situé au nord du pays) pour Bogotá, afin d’y présenter ses cahiers de revendications. Le compromis, signé par l’archevêque sous le nom de capitulación de Zipaquira et admettant «l’exercice du pouvoir par les nationaux américains», n’est pas reconnu par le vice-roi. Les chefs comuneros sont fusillés.

En juillet 1810, à la faveur de l’accession au trône espagnol de Joseph Bonaparte, une junte de gouvernement est formée à Bogotá, sous la présidence du jurisconsulte Camilo Torres, auteur du Mémorial des griefs , sévère condamnation de la colonisation espagnole en Amérique. Le 20 juillet 1810, une junte suprême est constituée et sa première décision est de proclamer l’exclusion des Espagnols du gouvernement de Nouvelle-Grenade. Antonio Nariño, précurseur de l’indépendance, emprisonné depuis 1794, participe à ce mouvement et sera nommé par Bolívar, en 1821, vice-président de la Grande-Colombie. En 1813, Nariño proclame la rupture totale avec l’Espagne. La réaction du gouvernement de Madrid est brutale. Quinze mille hommes et soixante-sept navires mettent le siège devant Cartagena, qui résiste trois mois. La répression est sévère: des centaines de personnes, dont Camilo Torres, sont exécutées. L’année 1819 est décisive: Simón Bolívar, qui préside alors un gouvernement révolutionnaire au Venezuela, franchit la Cordillère orientale, bouscule les avant-postes espagnols à Tunja le 5 août, et met en déroute l’armée du général Barreiro, au pont de Boyacá. Simón Bolívar, le «Libertador», secondé par Santander, fait son entrée triomphale à Bogotá, le 10 août 1819. Le 17 septembre de la même année, le congrès d’Angostura, au Venezuela, proclame sous le nom de République de Colombie l’union des territoires de la capitainerie générale du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade. Bolívar est élu président et chef suprême de l’armée.

Cette union, à laquelle l’Équateur sera associé en 1822, ne peut être maintenue. Bolívar, soupçonné de visées dictatoriales par ses lieutenants et ses alliés, échoue dans ses projets grandioses de création des États-Unis d’Amérique du Sud. Après sa mort, en 1830, la dislocation de la Grande-Colombie aboutit à la renaissance d’une république dans les limites de la Nouvelle-Grenade coloniale. Le général Santander en est nommé président en 1832. Jusqu’à la fin du siècle, la Constitution et les institutions de la Colombie seront modifiées en fonction des pressions, pacifiques ou belliqueuses, des deux grands partis, libéral et conservateur, qui occupent alternativement le pouvoir. La Constitution fédérale de 1863 est remplacée par la Constitution de 1886, de caractère unitaire.

La sécession de Panamá

La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par une succession de guerres civiles, plus ou moins généralisées. C’est au lendemain de l’un de ces affrontements fratricides que l’«affaire de Panamá» frappe la jeune république colombienne.

Des mouvements séditieux ont éclaté, en juillet 1899, dans le département de Santander, puis dans le Cundimarca. Les troubles se sont étendus à tout le pays, et le coup d’État de juillet 1900, qui permet aux conservateurs de reprendre le pouvoir, ne calme pas les passions. La guerre civile, préfigurant celle de 1948 à 1953, fait près de 100 000 morts. Une paix fragile à peine restaurée, un mouvement séditieux éclate à Panamá, le 3 novembre 1903. Le gouvernement colombien dépêche immédiatement des forces armées vers l’isthme, mais le gouvernement des États-Unis, présidé par Theodore Roosevelt, s’empresse de reconnaître la nouvelle République de Panamá et fait savoir qu’il ne tolérera pas une intervention de la Colombie. Cette dernière s’incline, mais les relations entre les deux États resteront troublées par cet épisode jusqu’en avril 1914. Par un traité signé en 1922, les États-Unis s’engagent à payer une indemnité de 25 millions de dollars à la Colombie et promettent des avantages particuliers à ses ressortissants.

De 1903 à 1948, la vie intérieure du pays est relativement peu troublée, bien que la crise économique des années trente y ait, comme dans le reste de l’Amérique latine, des conséquences catastrophiques. Un conflit avec le Pérou est heureusement surmonté en 1934. De 1934 à 1942, la présidence est exercée par Eduardo Santos, directeur de journal, membre du Parti libéral. Alfonso López, libéral, élu pour la seconde fois, lui succède en 1942 et démissionne en juillet 1945; Alberto Lleras Camargo achève le mandat. C’est alors un conservateur, Mariano Ospina Pérez, qui s’installe à la présidence en 1946.

Le «bogotazo» et la guérilla

Le 9 avril 1948, alors que la conférence panaméricaine est réunie dans la capitale colombienne, le leader libéral Jorge Eliécer Gaitán est assassiné. Les résultats d’une enquête de Scotland Yard sur le meurtre n’ont jamais été publiés, mais les Colombiens accusent les communistes (les relations diplomatiques avec l’U.R.S.S. seront rompues jusqu’en 1968) et les leaders du Parti vénézuélien d’action démocratique. L’assassinat de Gaitán, dont la popularité était considérable, déclenche une émeute sanglante que les forces armées mettent trois jours à réprimer. Le centre de la capitale est mis à sac et l’insurrection, dirigée essentiellement contre les conservateurs sans être controlée par les libéraux, s’étend à l’ensemble du pays. On compte plusieurs milliers de victimes et la répression n’est pas moins sévère que dans la capitale. Le terme de bogotazo est resté synonyme d’explosion populaire incontrôlée.

Le 10 avril, le président Ospina Pérez demande aux dirigeants libéraux de contribuer au rétablissement de l’ordre et forme un nouveau gouvernement d’union nationale. Mais le bogotazo est le point de départ d’une exceptionnelle période de violence, qui s’aggrave encore après la campagne électorale particulièrement agitée de juin 1949. L’opposition libérale, qui l’a emporté et dispose de la majorité au Congrès, demande la mise en accusation, par le Sénat, du président Ospina Pérez. Ce dernier dissout les chambres et proclame l’état de siège. Les libéraux ayant décidé de boycotter l’élection présidentielle de 1950, le candidat conservateur, le docteur Laureano Gómez, est élu à une écrasante majorité. Les dissensions au sein de partis traditionnels dont les leaders sont en désaccord sur la tactique à adopter (les libéraux, en particulier, hésitent entre la coopération avec le gouvernement et l’opposition totale), le renforcement du Parti communiste qui prétend pouvoir compter sur 25 000 militants et s’identifie avec le mouvement «gaitaniste», la méthode adoptée par le président Laureano Gómez, qui délègue ses pouvoirs, pour raison de santé, au docteur Urdaneta Arbeláez, sont autant de facteurs qui favorisent le déferlement de la violence.

Les grands propriétaires terriens organisent des milices armées, l’Église est prise à partie, des milliers de paysans sont assassinés, des bandes armées se réclamant des libéraux ou des conservateurs, ou échappant à tout contrôle, s’affrontent dans les provinces. En septembre 1952, les journaux du Parti libéral sont mis à sac dans la capitale par des émeutiers, ainsi que les domiciles de deux des principaux dirigeants, Alfonso López et Carlos Lleras Restrepo, qui se réfugient dans une ambassade.

La désorganisation provoquée par la dictature de fait de Laureano Gómez est telle que le coup d’État dirigé par le général Rojas Pinilla, commandant en chef de l’armée, est salué avec satisfaction par une bonne partie de l’opinion. Le coup d’État du 13 juin 1953 marque pourtant l’intervention directe des forces armées dans la vie publique. Le général Rojas Pinilla promet la fin de la violence, qui a fait en cinq ans près de 300 000 morts, et offre l’amnistie aux guérilleros.

Le nouveau président réussit effectivement en quelques mois une opération de pacification relative. Des bandoleros déposent les armes. Des émigrés rentrent. L’administration centrale reconquiert le contrôle de régions qui étaient devenues autonomes de fait. La guerre civile est pratiquement terminée, malgré les réticences de certains dirigeants libéraux déçus et l’agitation entretenue, notamment dans le bas clergé, par les partisans de Laureano Gómez. Mais la violence continue.

La moitié au moins des guérilleros de 1952 restent en armes. Des zones rurales, notamment dans le Tolima, sont contrôlées par des leaders paysans, organisés en autodéfense sur les conseils des dirigeants communistes. Les exactions des possédants et les règlements de comptes se poursuivent. La nomination par le gouvernement Rojas Pinilla d’un militaire, le colonel Agudelo, à la tête de l’Université est, en 1954, le premier signe de durcissement du régime et de la marche au césarisme. Le général crée un parti «chrétien et bolivarien», qui se veut «troisième force». Il encourage sa fille, Marie-Eugénie, à imiter l’exemple donné par Eva Perón en Argentine. Il gouverne par décrets et suspend le Congrès. Il réalise, à partir de 1956, l’unanimité contre lui des principaux dirigeants libéraux et conservateurs. Ces derniers ébauchent un Front national, qui vient au pouvoir en 1957, après que les chefs de l’armée eurent demandé au général Rojas Pinilla de prendre le chemin de l’exil en Espagne.

3. Une démocratie de façade

Un jeu électoral faussé

Le pacte du Front national prévoyait, de 1958 à 1974, une alternance des libéraux et des conservateurs à la présidence et un partage égal des charges et des mandats entre les deux partis, au service, bien entendu, d’une même politique. C’est ainsi qu’à Alberto Lleras Camargo, libéral (1958-1962), succéda Guillermo León Valencia, conservateur (1962-1966); qu’après Carlos Lleras Restrepo, libéral (1966-1970), ce fut le tour de Misael Pastrana Borrero, conservateur (1970-1974). Alfonso López Michelsen, libéral, élu en 1974, loin de mettre un terme – comme il en avait le droit – à un pacte qui bloquait complètement la vie politique colombienne, s’appliqua à le renforcer dans les faits, en faisant entrer des ministres conservateurs dans son gouvernement et dans les principaux emplois publics, et en tentant, à la fin de son mandat, d’institutionnaliser la parité politique entre les deux partis. Élu de justesse en 1978 contre le candidat conservateur Belisario Betancur, le libéral Julio Cesar Turbay adopta une politique identique à celle de son prédécesseur. Si l’on s’en tient au pourcentage total des voix obtenues par les candidats libéral et conservateur aux deux élections présidentielles qui suivirent l’échéance du pacte du Front national, l’électorat a totalement ratifié cette hégémonie des deux grands partis du consensus (96 p. 100 en 1978). Mais, si l’on prend en compte le caractère massif des abstentions (62 p. 100 en 1978), on mesure à quel point la grande majorité des Colombiens avait conscience du caractère formel d’un jeu électoral dont elle savait parfaitement qu’il n’allait en rien régler ses problèmes quotidiens.

En 1982, c’est le candidat conservateur Belisario Betancur qui remportait, de peu, l’élection présidentielle, face au vieux routier de la politique qu’était l’ancien président libéral Alfonso López Michelsen et à un «jeune-turc» du même parti, Luis Carlos Galán. Le total des voix libérales (2 800 000 à López Michelsen et 750 000 à Galán) était cependant supérieur à celles obtenues par le vainqueur (3 000 000). En Colombie, il ne faut guère attacher d’importance aux étiquettes qui ne renvoient pas réellement à un programme électoral plus ou moins «avancé», mais à une tradition historique. De fait B. B. (le surnom familièrement utilisé par les Colombiens pour désigner leur président) s’avéra être autrement plus «progressiste» que ses prédécesseurs, tant dans sa politique extérieure que dans sa politique intérieure. Faute d’une gauche crédible (le Parti communiste, totalement aligné sur Moscou, est numériquement très faible), ce sont les mouvements de lutte armée (F.A.R.C., E.L.N., et surtout M-19) qui ont assumé de la manière la plus visible le rôle de porte-parole des aspirations de l’opposition politique au régime et du mécontentement populaire engendré par la politique économique.

Développement économique et inégalités sociales

Si l’on s’en tient aux indices, la Colombie connaît un net ralentissement de sa croissance: 8 p. 100 d’augmentation du produit intérieur brut (P.I.B.) en 1978, 4 p. 100 en 1980, 2,5 p. 100 en 1983, avec une légère reprise pour atteindre 3,5 p. 100 en 1990; le secteur industriel est touché, particulièrement le textile qui se trouve en pleine crise. Quant au chômage et au sous-emploi, ils restent stables (respectivement 9 et 15 p. 100 de la population active). Ces pourcentages dissimulent cependant la réalité d’une inégalité criante. Encore ne s’agit-il là que de chiffres concernant les Colombiens disposant d’un emploi. En l’absence d’une réforme agraire, l’agriculture a adopté un modèle de développement capitaliste intensif, privilégiant les productions destinées à l’exportation aux dépens de l’agriculture vivrière. Les cours très élevés atteints par le coton, et surtout par le café, à partir du milieu des années soixante-dix ont accéléré cette tendance et provoqué un exode rural massif: au recensement de 1985, 67 p. 100 de la population habitaient dans les villes. Les grandes agglomérations, Bogotá, Medellín, Cali, Barranquilla, déjà gravement sous-développées en matière d’équipements collectifs, voient affluer chaque jour des familles qui vont grossir les rangs déjà pléthoriques des marginaux, dont l’unique préoccupation est la survie physique jusqu’au lendemain. Les fameux «gamins», ces enfants errant en bandes, en quête de chapardages, dormant sur le trottoir et promis dans leur majorité à une mort précoce (drogue, violence), à la prostitution ou à l’incarcération dans des prisons surpeuplées, en sont un exemple à la fois spectaculaire et tragique.

La très forte concentration de la propriété que l’on note dans le secteur agricole, et qui a permis en 1978 d’augmenter la surface des terres cultivées de 5,2 p. 100, se constate également dans l’industrie et dans la finance qui, toutes deux, sont particulièrement dynamiques. Les grands groupes industriels réalisent des bénéfices considérables. Sur le plan énergétique, la Colombie n’est pas mal lotie. Elle exporte du gaz naturel. Au prix d’un gros effort d’exploration (pour lequel la société nationale Ecopetrol a recherché le concours de sociétés étrangères), la Colombie a pu se rendre autosuffisante, et est exportatrice de brut, au début des années quatre-vingt-dix. Quant au secteur bancaire et financier, il a largement profité de l’afflux de dollars provoqué par les exportations de coton, de café et aussi par celles de marihuana et de coca. Cette situation fait de la Colombie un des pays dont la dette extérieure par habitant est la plus faible d’Amérique latine (410 dollars en 1989). En 1991, le pays disposait de réserves en devises de 5,44 milliards de dollars, soit pratiquement l’équivalent d’une année d’importations.

Guérilla et répression

Outre un profond mécontentement populaire, le régime doit également affronter une guérilla qui n’a pas véritablement cessé depuis 1965. Une guérilla longtemps rurale (principalement sous l’impulsion des Forces armées révolutionnaires de Colombie, les F.A.R.C., liées au Parti communiste, et de l’E.L.N. se réclamant d’un «castrisme» des années soixante) mais qui devient urbaine, surtout depuis l’apparition du Mouvement du 19-Avril, le M-19, qui s’est signalé par des exploits spectaculaires, notamment le vol de cinq mille armes en 1979 et le détournement à son profit d’un avion chargé d’armes en 1981. C’est également en 1981 que le M-19 a diversifié ses fronts de lutte en implantant des colonnes combattantes dans les zones rurales, où l’on comptait déjà une douzaine de foyers des F.A.R.C.

L’armée ne manquait pas de moyens institutionnels (grâce à l’état de siège permanent) pour venir à bout des mouvements «subversifs» ou oppositionnels. Elle ne s’en est d’ailleurs pas privée, et la liste serait longue des cas de tortures, assassinats, détentions arbitraires de dirigeants syndicaux ou étudiants, voire de simples paysans. Le président Turbay avait cru devoir répondre à une effervescence sociale jugée inquiétante par le renforcement de l’arsenal répressif des forces armées. C’était là le sens du fameux «statut de sécurité», violemment controversé parce qu’il réduisait à la portion congrue les droits des accusés et de la défense et qu’il donnait aux militaires pratiquement tous les pouvoirs.

Dès son élection, Belisario Betancur, conscient de l’impossibilité de vaincre militairement les guérillas, conscient du pouvoir disproportionné que cette situation donnait à l’armée dans la vie publique, entreprit d’ouvrir le dialogue avec les mouvements de lutte armée. Une loi d’amnistie fut votée en novembre 1982, qui donna aux dirigeants guérilleros le sentiment que, cette fois, le pouvoir avait modifié sa politique. Cependant l’assassinat de nombreux «amnistiés», ainsi que celui d’autres opposants, par des «escadrons de la mort» directement liés à l’appareil militaire, contribua à bloquer le processus. Le M-19 et les F.A.R.C. savaient que la bonne volonté de Belisario Betancur se heurtait à la résistance acharnée de la hiérarchie militaire qui avait «besoin d’une guerre» pour maintenir son emprise sur le gouvernement. D’autant que la nouvelle liberté de ton avec les États-Unis, l’adhésion de la Colombie au mouvement des Pays non alignés, sa participation avec le Mexique, le Venezuela et Panamá au «groupe de Contadora» en vue d’une solution pacifique des conflits d’Amérique centrale suscitaient un certain mécontentement dans les casernes et étaient médiocrement appréciées à Washington. Belisario Betancur est devenu, contrairement aux dirigeants qui l’ont précédé, un président populaire au sein d’un système impopulaire. Face aux pressions externes et, surtout, aux oppositions institutionnelles internes, on pouvait néanmoins se demander si une démarche populiste pouvait longtemps résister aux pesanteurs qui marquaient traditionnellement la vie politique colombienne depuis le coup d’État de 1953, en d’autres termes au «complexe politico-militaire» qui associe l’armée aux appareils des deux grands partis dans la défense du statu quo. C’est ce que voulait signifier le grand écrivain Gabriel García Márquez, enfin de retour dans son pays après plusieurs années d’exil, lorsqu’il disait de son ami Betancur: «La vie lui a fait le grand honneur et l’immense malheur personnel d’être président de la République à l’intérieur d’un système sans issue.»

Le président Betancur et la paix introuvable (1982-1986)

Les deux principales organisations de guérilla, les F.A.R.C. et le M-19, malgré leurs réticences, publiaient, le 21 décembre 1983, une déclaration commune Pour aider à la recherche de la paix . Elle était suivie, un mois plus tard, par la signature d’une trêve avec le gouvernement à laquelle adhéraient d’autres petites organisations. L’enjeu de cet accord était la transformation des organisations armées en partis politiques légaux. Mais elles exigeaient en échange la réalisation d’un certain nombre de réformes démocratiques et sociales, en particulier la réforme agraire.

Ces projets ont été systématiquement bloqués par les parlementaires, tandis que l’armée et la police assassinaient des centaines de guérilleros revenus à la légalité. Dans un tel contexte, seules les F.A.R.C. ont, envers et contre tout, décidé de participer à la vie démocratique et ont formé l’Union patriotique (U.P.). Mais, à partir de juin 1985, les autres mouvements de guérilla ont, l’un après l’autre, repris la lutte armée. Entre le 6 et le 9 novembre 1985, le M-19 occupa le palais de justice de Bogotá afin de mettre en accusation le président pour son échec dans la conduite du processus de paix. Belisario Betancur se révéla incapable de contrôler la riposte de l’armée, qui se livra à un véritable massacre: plus d’une centaine de morts parmi lesquels une quinzaine de magistrats progressistes qui menaient la lutte contre la mafia de la drogue. La plupart des dossiers concernant le trafic ont été brûlés dans la bataille, ce qui a accrédité la thèse d’un accord entre le M-19 et le cartel de Medellín. Mais aucune preuve n’a pu en être apportée. Après cette opération avortée, qui a été condamnée par l’ensemble des forces de gauche, les principales organisations de guérilla se sont rapprochées et ont fini par constituer, le 26 septembre 1987, la Coordination des guérillas Simón Bolívar, et les accrochages violents avec l’armée se sont multipliés dans les départements d’Antioquia, Bolívar, Santander, Arauca, Caldas et Cauca. En dehors des F.A.R.C., la force principale n’est plus le M-19, affaibli et divisé, mais l’Armée de libération nationale (E.L.N., castro-guévariste). Elle se finance grâce aux enlèvements de personnalités, prises de villages miniers, attaques de banques et, surtout, sabotages répétés de l’oléoduc de Caño-Limón, propriété conjointe de la société nationalisée Ecopetrol, de l’Occidental et de la Shell. Ces compagnies pétrolières sont obligées de verser à l’E.L.N. de grosses sommes d’argent pour qu’elle ne commette pas d’attentats.

La guerre contre la mafia de la drogue

Le second front ouvert par le président Betancur a été celui de la lutte contre la mafia de la cocaïne. En effet, la Colombie, après avoir été le principal pourvoyeur du marché américain en marijuana durant les années soixante-dix, n’a pas résisté à la concurrence de la production californienne. Mais la Colombie est devenue depuis une dizaine d’années un gigantesque laboratoire de production de chlorhydrate de cocaïne, fabriqué à partir du sulfate en provenance du Pérou et de la Bolivie. La production locale de coca, cependant, n’est plus négligeable: 25 000 hectares en 1987. La situation géographique du pays, la proximité des Caraïbes et des États-Unis – son principal marché –, en a fait en outre le centre des réseaux internationaux de distribution. On estime que les exportations de drogue représentent en 1989 plus de 4 milliards de dollars, soit plus que les exportations légales. Seul le quart de ces profits demeure dans le pays.

Ces activités ont été prises en main par de jeunes entrepreneurs qui les ont ouvertes à tous ceux qui désiraient investir ou étaient susceptibles d’«aider» à la bonne marche des affaires: banquiers, propriétaires terriens, magistrats, policiers, militaires, hommes politiques... C’est la raison pour laquelle on parle des «cartels» de Medellín ou de Cali, qui constituent effectivement une bourgeoisie émergente. Cette politique a permis aux nouveaux trafiquants – Pablo Escobar, les frères Ochoa, Gonzalo Rodriguez Gacha, Carlos Lehder – de pénétrer l’ensemble du tissu social. Ils adoptent volontiers des attitudes anti-impérialistes, fondent des partis politiques, comme le Mouvement latin socialiste de Carlos Lehder, qui proclame que «la cocaïne sera la bombe atomique de l’Amérique latine» dans sa lutte de libération. Pablo Escobar a été élu député suppléant, et certains aspirent, fortune faite, à se reconvertir dans des activités légales.

C’est la raison pour laquelle en 1984 Pablo Escobar et d’autres membres du cartel de Medellín se sont réunis à Panamá, d’abord avec l’ex-président López Michelsen, puis un peu plus tard avec le procureur de la nation. Les trafiquants offrirent de démanteler leurs installations, de renoncer définitivement au commerce de la drogue, de rapatrier chaque année 1 milliard de dollars pour les investir dans des activités productrices, de payer 3 milliards de la dette extérieure en échange d’une amnistie et de l’annulation du traité signé en 1979 avec les États-Unis qui devait permettre d’extrader les trafiquants réclamés par la justice de ce pays. Belisario Betancur non seulement refusa de négocier avec la mafia, mais déclencha contre elle une offensive sans précédent. Elle a été en particulier menée par le ministre de la Justice, Lara Bonilla. Celui-ci dénonça des personnalités compromises dans le trafic et, surtout, lança d’importantes opérations, comme celle qui permit de démanteler, en mars 1984, un vaste réseau de laboratoires dans la région amazonienne du río Yarí, à 400 kilomètres au sud-est de Bogotá, où 14 tonnes de cocaïne furent saisies. Mais, le 30 avril, ce ministre, auquel les trafiquants n’avaient pas pardonné ce coup très dur, fut assassiné par des tueurs payés par le cartel de Medellín. Le président Betancur décida alors de ratifier le traité et quatre trafiquants furent immédiatement remis aux autorités des États-Unis. Menacés de représailles, 2 300 ressortissants américains quittaient immédiatement le pays.

Virgilio Barco, élu président en 1986, confirmait la décision prise par son prédécesseur. Trois jours plus tard, Guillermo Cano, directeur du journal El Espectador , était assassiné pour avoir dénoncé les complices de la mafia. En janvier 1987, Enrique Parejo, qui avait succédé à Lara Bonilla et à ce titre signé une première fois le traité, puis, par mesure de précaution, avait été nommé ambassadeur en Hongrie, était grièvement blessé par un tueur à la sortie de son domicile à Budapest. Cette hécatombe explique peut-être pourquoi les juges de la Cour suprême ont déclaré le traité anticonstitutionnel en décembre 1987. Un des derniers Capi à être extradés fut Carlos Lehder, dont la capture avait probablement été facilitée par ses anciens amis du cartel de Medellín, lassés de ses extravagances. Il fut condamné à la prison à vie par un tribunal des États-Unis en 1988.

La présidence de Virgilio Barco (1986-1990)

Lors des élections législatives du 9 mars 1986 – qui ont vu, comme à l’accoutumée, un taux d’abstention de plus de 70 p. 100 –, les Colombiens, vraisemblablement déçus par l’échec du plan de paix du président Betancur, se sont raccrochés à la tradition: les libéraux ont confirmé leur prédominance habituelle avec 48 p. 100 des voix, contre 37 p. 100 aux conservateurs. Le rénovateur Luis Carlos Galan, dissident du Parti libéral, n’a obtenu que 7 p. 100 des voix. L’Union patriotique, avec 2 p. 100 des voix, n’a guère fait mieux que le Parti communiste. C’est encore le candidat du Parti libéral, Virgilio Barco, qui remportait l’élection présidentielle, le 25 mai 1986, contre Alvaro Gomez du Parti conservateur, et prenait ses fonctions le 7 août.

Malgré la catastrophe d’Armero le 13 novembre 1985 – une coulée de boue qui, à la suite d’une éruption volcanique, faisait 23 000 victimes et provoquait la dévastation d’une des plus riches régions agricoles du pays –, le nouveau président a continué de bénéficier d’une conjoncture économique relativement favorable. La baisse des prix du café après 1986 a été compensée par des récoltes records en 1987 et 1988. L’exploitation de nouveaux gisements de charbon, de pétrole, de fer et d’or permet d’envisager l’avenir avec un certain optimisme. La croissance du secteur industriel a elle-même été de 7 p. 100 en 1987. La dette extérieure – 12 milliards de dollars – reste supportable, car elle ne représente que le tiers du P.I.B. Un décret interdisant aux fonctionnaires d’enquêter sur l’origine des devises déposées aux guichets de la banque de l’État, celui-ci bénéficie de l’argent du «narco-trafic». Dans un tel contexte, les autorités ont pu refuser que le Fonds monétaire international (F.M.I.) continue de superviser l’économie.

Cette bonne santé de l’économie ne se reflète pas sur le plan social, et les conditions de vie de la population ne cessent de se dégrader. Le chômage est passé de 8 à 15 p. 100 au cours des cinq dernières années, et 60 p. 100 de la population souffre de graves carences dans le domaine du logement, de la santé, de l’éducation. Des centaines de milliers d’enfants sont sans foyer. Les retombées des exportations de drogue alimentent une toxicomanie qui ne cesse de s’étendre: on fume en particulier de la pâte base de cocaïne mélangée à du tabac ou de la marijuana, qu’on appelle bazuko . La délinquance fait de la Colombie le pays le moins sûr d’Amérique latine. Le pape Jean-Paul II enfin, lors de sa visite en juillet 1986, a dénoncé la «structure agraire injuste»: 8 000 familles de latifundistes monopolisent 13 millions d’hectares, alors que 800 000 petits agriculteurs doivent se contenter de 4,5 millions d’hectares.

Guerre à la drogue, pacification et démocratie

C’est dans ce contexte qu’on assiste à une recrudescence de la violence. Au début de 1988, plus de 500 membres de l’Union patriotique avaient été exécutés. Le 11 octobre 1987, son président, le sénateur Jaime Pardo Leal, tombait sous les balles des tueurs. Cette vague d’attentats vise également des personnalités indépendantes dont le nom figure sur des listes publiées par la presse elle-même – professeurs, journalistes, médecins. Ces exécutions ont tendance à prendre un caractère collectif, notamment dans les campagnes, où des dizaines de paysans ont été tués dans les bananeraies d’Apartado et dans la province de Córdoba en 1988. Il faut y ajouter le harcèlement constant de l’armée contre les communautés paysannes ou indigènes – en particulier les Paez et les Guambianos –, considérées comme des «zones rouges», cibles de bombardements meurtriers.

L’assassinat, le 18 août 1989, de Luis Carlos Galan, le pré-candidat du Parti libéral qui, vraisemblablement, aurait reçu l’investiture de son parti et remporté l’élection présidentielle six mois plus tard, et ceux de deux autres candidats de gauche, le représentant de l’Union patriotique, Bernardo Jaramillo Ossa, et celui du M-19, Carlos Pizarro Leongomez, ont donné une nouvelle dimension à la violence. Après ce défi qui lui est lancé par les parrains du cartel de Medellín, le gouvernement, dirigé par le président Virgilio Barco, assuré du soutien de la communauté internationale, réagit énergiquement. Cette réaction a permis d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions démocratiques et l’élection de son successeur, Cesar Gaviria, le 27 mai 1990, avec 46 p. 100 des suffrages. Antonio Navarro Wolf, le candidat du M-19, premier mouvement de guérilla important à avoir accepté de jouer le jeu de la démocratie après que ses membres eurent été amnistiés, obtenait 13 p. 100 des voix. Mais le coût social et économique de la lutte contre le cartel de Medellín a été très élevé. La guerre ne s’est pas limitée au meurtre de trois candidats à la présidentielle, les trafiquants ayant déclenché une offensive tous azimuts: magistrats, journalistes, policiers sont également tombés sous les balles des tueurs. Après l’assassinat de Luis Carlos Galan, l’État lance une contre-offensive sans précédent, appuyée par des avions de guerre, des hélicoptères et des conseillers militaires des États-Unis. La mort, le 15 décembre, de Rodriguez Gacha dit «le Mexicain», ainsi que celle de son fils Fredy et de quinze de leurs hommes dans le département de Sucre touchèrent très durement les parrains. Malgré l’importance des moyens mis en œuvre et les coups portés à l’organisation du trafic – 44 tonnes de cocaïne ont été saisies en Colombie en 1990 et 87 tonnes en 1991 –, Pablo Escobar et les frères Ochoa restèrent insaisissables. S’estimant en position de force, le président Gaviria inaugura une nouvelle stratégie, en annonçant, le 5 septembre 1990, que les trafiquants de drogue passibles d’extradition qui se rendaient aux autorités seraient jugés dans le pays et non envoyés aux États-Unis. Mais, pour cela, ils devaient au moins confesser un délit (décret 2372). Ceux qui collaboreraient avec les autorités verraient leur peine réduite. Grâce à la médiation de personnalités politiques et religieuses, à la fin de 1990 et au début de 1991, les frères Ochoa se livraient, imités par Pablo Escobar, le 19 juin 1991. Ces redditions n’ont pas seulement représenté pour le président Gaviria un succès dans sa lutte contre le narcoterrorisme. En effet, soit que le rapatriement de l’argent de la drogue placé à l’étranger ait été un élément explicite de la négociation avec les parrains, qui continuent à diriger le trafic de leur prison, soit que la fin des affrontements ait simplement été un élément incitatif pour les trafiquants – y compris ceux du cartel de Cali qui, ne constituant pas une cible privilégiée pour la répression, se sont emparés d’une partie des parts de marché de celui de Medellín –, le pays a bénéficié en 1991 et 1992 d’un afflux de dollars sans précédent. Des taux d’intérêt qui s’élèvent en Colombie à près de 40 p. 100 ne sont pas non plus étrangers à cet engouement. Durant les derniers mois de 1991, l’excédent mensuel de devises était de 200 millions de dollars, ce qui a entraîné une réévaluation de fait du peso de 12,5 p. 100 et le maintien de l’inflation à un taux d’environ 30 p. 100. Cet afflux de devises compense partiellement la baisse du taux de croissance qui n’a été que de 3 p. 100 en 1991, en dépit de la politique néolibérale, impliquant une vague de privatisations poursuivie par le président Gaviria.

Sur le plan politique, l’adoption d’une nouvelle Constitution, le 4 juillet 1991, est un incontestable succès pour le nouveau gouvernement. Celle-ci, en instaurant le plébiscite, en réformant le système électoral et en proposant une nouvelle charte des droits de l’homme, représente un renforcement des institutions démocratiques. En revanche, le 5 mai 1992, les négociations qui se déroulaient à Tlaxcala (Mexique) entre le gouvernement et les représentants de la Coordination nationale de la guérilla (C.G.S.B.) ont été suspendues pour six mois sans que des résultats tangibles aient été obtenus. Les pourparlers n’avaient interrompu ni les enlèvements ni les attentats de la part de l’Armée de libération nationale (E.L.N.) et des Forces armées révolutionnaires de Colombie (F.A.R.C.), ni les violations massives des droits de l’homme de la part de l’armée sous le prétexte de combattre la subversion. Durant le premier trimestre de 1992, plus de trois cents personnes ont été tuées pour des mobiles politiques. En outre, le développement rapide des cultures de pavot destinées à la production d’opium transformé en héroïne, en particulier dans les départements montagneux du Sud, Cauca, Huila et Tolima, qui couvraient plus de 10 000 hectares en 1992, constitue un enjeu économique supplémentaire pour les forces en présence sur le terrain: trafiquants, armée et guérilla.

Colombie
(république de) (República de Colombia), état du N.-O. de l'Amérique du Sud, baigné au N. par l'Atlant., à l'O. par le Pacifique; 1 138 914 km²; env. 33 000 000 d'hab.; cap. Bogotá. Nature de l'état: rép. présidentielle. Langue off.: esp. Monnaie: peso colombien. Pop. (accroissement: 2 % par an): métis (plus de 70 %), Amérindiens, Blancs, Noirs. Relig.: cathol. (90 %). Géogr. phys. et hum. - à l'O., les Andes, séparées par les vallées du Cauca et de la Magdalena, offrent une grande variété bioclimatique et groupent plus de 50 % des hab. Les plaines insalubres du Pacifique sont délaissées. L'occupation progresse dans les plaines sèches de la zone caraïbe et sur le piémont tropical de l'E. (savanes et forêts). La pop. est citadine à 70 %. écon. - L'agriculture (30 % des actifs) est surtout comm.: café (2e producteur mondial, plus de 50 % des recettes), bananes, fleurs coupées. Le pétrole, exporté, et le charbon constituent des ressources en expansion avec l'or et le nickel. L'investissement étranger a permis de diversifier la prod. industrielle (pétrochimie, agro-alimentaire, textile, automobile). Le gouv. livre une guerre contre la drogue avec l'appui des È.-U. La marijuana et surtout la coca (première zone mondiale) représenteraient 15 % du P.N.B. selon la presse, 3 à 5 % selon les experts américains; ceux-ci notent que la politique libérale dans ce pays pauvre et endetté a favorisé la croissance (plus de 5 % par an depuis 1993). Hist. - La conquête du pays, menée au XVIe s. par les Esp., détruisit la civilisation des Chibchas, qui furent rapidement christianisés. Jiménez de Quesada fonda Bogotá (1538) et appela le pays "Nouvelle-Grenade" (Colombie, Panamá, Venezuela et équateur). La colonie ne fut guère exploitée que pour ses ressources minières. D'abord rattachée à la vice-royauté de Lima, elle fut constituée en 1717 en vice-royauté indép. Dès 1780, la bourgeoisie créole, prospère, réclama l'indép., acquise en 1822 après plusieurs batailles victorieuses. En 1830, à la mort de Bolívar, éclata la rép. de Grande-Colombie qu'il avait formée en 1819: Nouvelle-Grenade plus Venezuela, ainsi que Panamá et équateur, mais Panamá y resta, jusqu'en 1903, devenant alors un état indép. à l'instigation des È.-U. De 1903 à 1930, les conservateurs dirigèrent la Colombie, soumise à l'influence des È.-U. et liée en 1948 au Venezuela et à l'équateur par une union douanière. De 1948 à 1953, une guerre civile (200 000 morts), appelée violencia, aboutit à la dictature du général Rojas Pinilla (1953-1958). Pendant quatre décennies, les affrontements armés firent des dizaines de milliers de victimes. Des chefs de la drogue ont été arrêtés; le cartel de Medellin, démantelé (1989-1991); mais le trafic s'est intensifié. élu président de la Rép. en 1994, Ernesto Samper a été accusé en 1995 d'avoir reçu le soutien du cartel de Cali. En 1996, jugeant trop faible la lutte contre le trafic de drogue, les È.-U. ont diminué leur aide. En 1997, les combats entre l'armée et les Forces armées révolutionnaires colombiennes (F.A.R.C.), d'inspiration marxiste, ont entraîné l'exode d'un million de personnes.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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